Lille, au coeur de l'Europe

A 20 km de Tournai, à 30 minutes de Bruxelles, 1h de Paris et 1h40 de Londres par le TGV, on peut dire que Lille est au centre de l’Europe. Les touristes ne s’y trompent pas et nombreux sont ceux qui débarquent à l’une des deux gares TGV. On y entend parler néerlandais, anglais et français, dans une ambiance bon enfant, malgré les 2 millions d’habitants qui peuplent la métropole nordiste.

Clovis et les Francs - En 486, les Francs saliens, de langue flamande, souvent chrétiens et alliés aux Romains, prennent le pouvoir sur la Gaule Belgique Romaine. Le belge Clovis, roi de Tournai, allié au roi de Cambrai, Ragnachar, vainc, à Soissons, l’armée romaine de Syagrius, puis s’installe à Paris et s’empare de la plus grande partie de la Gaule. Appuyé par l’Eglise romaine antiarienne, il est baptisé et couronné à Reims par l’évêque Rémi. C’est donc à partir des Flandres que la primauté du Catholicisme est instaurée dans le royaume des Francs. Puis, avec le sâcre des rois Carolingiens sous l’autorité de l’Eglise Romaine, la concession du pouvoir absolu est totale et ils deviennent prêtres-roi de droit divin à l’image des rois bibliques. L’Etat et l’Eglise, dorénavant confondus, constituent une véritable théocratie chrétienne. Dotée par le roi de nombreux privilèges, l’Eglise catholique bat monnaie, rend la justice et combat les hérésies.

La fondation de Lille - Au Moyen-Age, le comté de Flandre comporte un groupe de vieilles villes romaines, Boulogne, Arras, Cambrai, sièges des évêchés, et d’autres villes fondées par les Carolingiens, le long de l’Escaut jusqu’à la mer, Valenciennes, St-Omer, Gand, Brugge, et Anvers. Riche et prospère, la province constitue un ensemble dont certaines particularités ont subsisté jusqu’à nos jours dans l’actuel Bénélux. Aprés les destructions dues aux invasions normandes et hongroises, sa partie orientale attire les convoitises des princes. Le comte catholique Baudhuin V fonde alors, au 11ème siécle, plusieurs villes nouvelles dont l'une est établie sur une île, au milieu de marécages asséchés, l’insula, l’Isle, Lille, der Eisel pour les Flamands qui l’appellent encore ‘Reisel. Autour de ces villes, le comte constitue autour d’elles une Flandre médiane unissant la province sur les plans politiques, économiques et religieux.

Les Cathares du Nord - Mais la doctrine de l’Eglise romaine est sévèrement critiquée. Quelques opposants dits hérétiques condamnés par la Cour Episcopale de Cambrai, sont brûlés vifs à Arras en 1025, suivis de beaucoup d’autres. Par ailleurs, un acte de l’évêque de Cambrai, Nicolas, est le plus ancien document juridique connu mentionnant le Catharisme. Cet enregistrement d’une condamnation par les évêques de Cologne, Trèves et Liège, vers 1151, du clerc Jonas, hérétique cathare, démontre la pénétration des anciens Cathares dans la province. Appelés Piphles en Flandre, proches.des Patarins d’Italie, des Publicains de Champagne et des Tisserands du Languedoc, ils excluent l’Ancien Testament, et réfutent le baptème par l’eau et la transsubstanciation dans l’eucharistie.

La Guerre des Gueux - A partir du 16ème siécle, la Flandre espagnole est le théatre de graves luttes religieuses. Les Gueux, ou Hurlus, iconoclastes calvinistes soutenus par Guillaume d’Orange, saccagent et incendient les abbayes et les églises. Protégée par ses remparts et ses convictions, Lille, résiste. La révolte est trés durement réprimée par les Catholiques. Les Calvinistes se replient chez Guillaume d’Orange, préparant l’indépendance de la Hollande. Autour de Lille, la Flandre traditionaliste reste farouchement réfractaire à la Réforme. Les habitants, fondamentalement catholiques, reconstruisent ou restaurent à grands frais les édifices religieux détruits.

La ville devient française - Lille, redevenue riche et prospère, se dote d’une magnifique Bourse des Marchands. En 1667, Louis XIV conquiert la province. En l’attente de nouvelles conquêtes, Lille est alors le Paris des Pays-Bas. Les sociétés savantes s’y manifestent. La première loge maçonnique d’obédience anglaise est fondée à Dunkerque, port maritime de Lille, vers 1725. La Franc-Maçonnerie se répand ensuite dans tout le Pays. Les manufactures apparaissent. Puis, aprés Waterloo, une frontière artificielle coupe Lille de sa zone d’influence naturelle.

A nouveau métropole - Au siécle dernier la région se donne une vocation industrielle basée sur la grande industrie textile et les productions de charbon et d’acier. Autour des villes industrielles, dont Roubaix où se situe notre Centre de Hem, les Compagnies construisent des cités ouvrières complètes, y compris églises et dispensaires, avec de longues files d’habitations rustiques, les corons, futur terreau des combats ouvriers du XXème siécle. Aujourd’hui, les industries lourdes sont parties mais les populations des corons, diversifiées et souvent d’origine étrangère, sont restées avec leurs spécificités. Et, au carrefour de l'Europe retrouvée, la vieille cité s'efforce de reprendre la fonction de métropole régionale qui fut si longtemps la sienne.